
Après avoir demandé de l'aide à maintes reprises, Émilie Houle s'est enlevée la vie le 29 mars dernier. Elle avait 23 ans. (x)
23 ans. C'est mon âge, ça.
Quelques jours seulement avant sa mort, elle avait peur de commettre l'irréparable et s'était donc rendue à l'urgence. Des démarches avaient même été faites pour qu'elle soit admise dans un centre d'hébergement de crise. Sans succès. Pas de retour d'appel.
Émilie Houle n'est malheureusement pas une exception tragique. Ce n'est également pas la première histoire de ce genre à circuler dans les médias, depuis quelques mois (x).
Quel courage ça aura dû lui prendre pour reconnaître sa détresse.
La maladie mentale est encore perçue par plusieurs comme une excuse, et même comme de la paresse. Cette stigmatisation ne fait qu'amplifier le sentiment de culpabilité ressenti par tant de personnes souffrantes. Ce sentiment ralentit leur recherche pour l'aide dont elles ont besoin.
Lorsque la nouvelle est sortie dans les médias et que la lettre de suicide d'Émilie a été publiée par son cousin (x), je n'ai pas commenté. J'étais incapable de dire quelque chose qui me semblait rendre justice à toute la peine et le désespoir ressenti par les proches d'Émilie, et par Émilie elle-même, avant qu'elle se soit enlevé la vie.
Dans des cas comme ça, y'en a pas vraiment de mots.
Juste, on l'espère, beaucoup de compassion au moins. Et malheureusement aussi, beaucoup de personnes qui, comme Émilie, ont mal et comprennent parfaitement la difficulté d'être prisent au sérieux lorsqu'on a le courage d'aller chercher de l'aide parce que « ça va pas bien dans notre tête. » Parce qu'on a mal, « mais qu'on pourrait pas dire nécessairement pourquoi », parce que la maladie mentale est souvent invisible et donc forcément plus difficilement comprise.

Dans la lettre qu'elle a laissée avant de mourir, Émilie a écrit : « J'ai vraiment voulu m'aider, cette fois-ci, j'ai cherché des ressources, j'ai appelé à plusieurs endroits, je suis allée à l'hôpital... Bien franchement, rien de tout ça m'a aidée. J'en ai juste été encore plus découragée parce que j'ai eu l'impression qu'on ne pouvait pas m'aider. » Lire ces lignes m'a rentré dedans. Parce que ce sentiment d'impuissance-là, c'est un sentiment qui m'est trop familier. Combien de fois est-ce que j'ai crié à l'aide, silencieusement, et pourtant tellement fort, en m'éloignant de tout le monde? Combien de fois j'ai dû répéter du début à la fin, de façon extrêmement détaillée, comment je me sentais à des spécialistes, pour finalement me faire répondre que j'étais juste « triste », ou dans une « mauvaise passe »? Combien de fois j'ai est-ce que voulu arrêter d'exister parce que la pression de vivre était trop grande?
Aujourd'hui, ça va mieux. C'est tout de même rough par bout, y'a des jours plus sombres que d'autres. Mais j'ai la chance d'être bien entourée. Une famille qui tient à moi, des ami.e.s formidables et un copain compréhensif qui veut juste mon bien. Je vis pas dans la rue, je m'en remets doucement financièrement, ça regarde de mieux en mieux. J'ai commencé une nouvelle médication il y a environs deux mois et même si les effets secondaires sont pas mal plates (étourdissements, perte d'appétit, nausées, maux de tête), depuis que j'ai commencé, j'arrive au moins relativement à fonctionner pas trop pire sans avoir constamment envie de me tirer en bas d'un pont (un gros + quand même).
Mais je sais aussi que je suis à risque. Et que je ne fais malheureusement plus autant confiance au système de santé.
Le départ d'Émilie aura tristement mis en lumière l'un des plus grands défis de notre génération : on ne manque pourtant pas de psychologues au Québec. Ce qui manque, c’est l’accès à leurs services.
Émilie, je t'ai entendu. Trop fort. Et malheureusement trop tard. Mais je te promets que ton nom ne m'inspire aucune lâcheté.
Ton nom sera pour toujours synonyme de résilience dans mon petit dictionnaire personnel.
Repose-toi bien.
Ève xxx
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